Pour Akira Kurosawa, « le cinéma ressemble (…) aux autres arts ; s’il y a des caractéristiques éminemment littéraires, il y a aussi des caractéristiques théâtrales, un aspect philosophique, des attributs empruntés à la peinture, à la sculpture, à la musique ». Et il est vrai que lorsqu’on met en perspective l’œuvre du maître, on est frappé par sa pluralité, son aspect foisonnant, disparate, universel. Grandiose. Des films noirs aux films sociaux, des fables aux combats épiques de samouraïs, le cinéma de Kurosawa ne peut supporter tout commentaire synthétique. Voilà sans doute sa plus grande singularité. Comme l’a dit Martin Scorsese « Kurosawa est un prodige de la nature et son œuvre constitue un véritable don au cinéma et à tous ceux qui l’aiment« . Tentons néanmoins une modeste plongée dans sa filmographie : 30 films, en 57 ans de carrière.

Mifune and Kuroswa on the set of SEVEN SAMURAI

Bien sûr, Kurosawa porte en quelque sorte l’âme de son pays, le Japon. C’est probablement ce qui a charmé l’occident en premier lieu et lui a permis, au delà de son talent évident, de remporter le Lion d’Or à Venise puis l’Oscar du meilleur film étranger pour Rashômon, en 1950. En 1954, la sortie du chef-d’œuvre Les 7 Samouraïs confirma l’ouverture des cinéphiles du monde à la culture nipponne. Mais ce n’est qu’à partir des années 70 seulement que les films du maîtres seront distribués en France. Car en dehors du circuit malheureusement trop fermé des cinémathèques, Kurosawa n’a longtemps été reconnu que pour ses impressionnantes fresques en costumes (Kagemusha, Palme d’Or 1980), genre dans lequel il excelle effectivement, par son sens du détail et le souffle de sa mise en scène souvent monumentale.

Mais ce sont bien d’avantage ses œuvres moins purement japonaises qui ont tissé des liens indestructibles entre son cinéma et celui des réalisateurs occidentaux. Ainsi, on peut tout à fait penser que Pour une poignée de dollars de Sergio Leone (1966) est une version reliftée de Yojimbo (1961). Les connexions sont évidentes entre La Guerre des Etoiles (1977) et La Forteresse cachée (1958) – sans même évoquer le casque de Darth Vador qui rappelle étrangement un casque de Samouraï… Les exemples sont nombreux, tant le cinéma de Kurosawa a inspiré les réalisateurs du monde entier.

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Juste retour des choses : George Lucas et Francis Ford Coppola ont co-produit Kagemusha en 1980, tandis que Steven Spielberg co-finança Rêves (1990) dans lequel figure un certain… Martin Scorsese ! Mais d’un autre côté, il est également clair que Kurosawa s’est lui même énormément inspiré de la culture occidentale, en adaptant par deux fois Shakespeare (Macbeth via Le Château de l’araignée, Le Roi Lear via Ran, et pourquoi pas, de manière plus lointaine, Hamlet avec Les Salauds dorment en paix), mais aussi Russe avec Dostoïevski, Gorki (Les Bas-fonds) – ou encore Américaine avec Ed McBain (Entre le ciel et l’enfer).

Cette incroyable richesse d’influences, tout autant japonaises qu’occidentales, font de Kurosawa un artiste en perpétuel mouvement, réinventant des genres qu’il sut dépoussiérer et s’approprier de manière singulière. A présent que l’œuvre quasi-intégrale du cinéaste est accessible – et chose exceptionnelle, la plupart des titres du maître sont en se moment disponibles au 13bis rue lanterne – cette polyvalence unique nous captive. Le talent incontournable de ce metteur en scène de génie nous amène naturellement à poser la question : Akira Kurosawa, le plus grand?

 

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