De mémoire de disquaire, c’est du jamais vu : nous venons d’acquérir une superbe collection de vinyles de Bob Dylan, en état parfait. Toute sa discographie des années 60 et 70, ainsi que quelques titres importants des années 80 (Oh Mercy), des éditions originales – parfois en mono – des pressages Américains qui donnent l’impression de ne même pas avoir été joués une seule fois… le graal absolu pour tout collectionneur de Bob Dylan – et ils sont nombreux.

En somme, voici l’occasion idéale pour revenir sur l’immense carrière de cette légende vivante que nous connaissons tous mais qui, bien souvent, nous échappe.

1963, folk et engagé

Son deuxième album The Freeweelin’ Bob Dylan pose d’emblée le décor folk avec l’hymne générationnel Blowin’ in the wind. Un recueil de chansons engagées qui vont marquer l’époque et faire d’emblée de Bob Dylan le porte drapeau générationnel qu’il n’a jamais souhaité être, fardeau dont il tachera de se défaire tant bien que mal toute sa vie. A bien y regarder, cet album brille aussi par ses chansons plus intimes, moins traditionnellement folk, comme Girl from the North Country. John Lennon, marqué à jamais par cette écriture mélangeant mythologie, poésie et introspection,  commencera lui aussi a écrire à la première personne, dès 1965 : Help, You’ve got to hide your love away, puis Norvegian Wood ou Girl… jusqu’à son premier album solo inspiré par la thérapie du cri primal avec le Dr Janov, le désarmant Plastic Ono Band. Dylan ne fait qu’arriver, et les fondements de la musique pop sont déjà chamboulés.

1965, électrique et conspué

Si Lennon a été marqué par Dylan, l’inverse est également vrai. L’électricité est dans l’air, Bob Dylan décide de rompre les codes de la musique folk en travaillant avec une formation rock (en particulier le guitariste Mike Bloomfield) sur Bringing it all back home, un disque de transition encore à moitié acoustique. Le public folk boude, ne comprenant pas pourquoi son idole se fourvoie dans cette musique jugée « commerciale, dansante et vulgaire ». Pourtant, quelques mois plus tard sort Highway 61 revisited, un LP incisif, historique, qui fait la part belle aux orgues, guitares et batterie, ou Dylan, plus nasillard que jamais, scande des paroles abstraites et imagées avec un phrasé de plus en plus décousu, insaisissable et unique. Dylan part en tournée avec un petit groupe garage (The Hawks, qui deviendra plus tard The Band) et déchaine les passions. Parfois, contraint de sortir sous les huées, il doit revenir, seul, guitare en bandoulière, pour chanter Mr Tambourine Man et calmer les esprits. Pourtant, malgré l’émoi des puristes, cette fusion folk/rock va devenir universelle.

1975, tourments et renaissances

Après une série d’albums puisant dans les racines Américaines folk, voir country, Bob Dylan essaye d’échapper à son statut de « prophète » en se réfugiant à la campagne. Il prends anonymement un appartement à New-York, mais rien n’y fait: son aura et ses fans le rattrapent toujours. Las, il change sa voix pour la rendre méconnaissable (Lay Lady Lay) et semble n’aspirer qu’à devenir un anonyme père de famille, laissant loin derrière lui les envolées poétiques, l’engagement politique et les excès des années 60. Mais en 1974, l’édifice se fissure. Son divorce lui laisse des blessures profondes qu’il étale au grand jour sur les albums Blood on the tracks puis Desire l’année suivante. Il chante de manière plus âpre que jamais, crache les mots, joue sur les sonorités, crie, la voix flexible, vigoureuse, sauvage et emportée. Les textes explorent la détresse amoureuse sous tous ses aspects : l’auto-apitoiement, la rancœur, les rechutes, dans un style diablement poétique et une nouvelle approche sonore mélangeant le Dylan folk et le Dylan rock : la guitare acoustique est bien là, mais habillée de batteries, basses et claviers. Le succès sera aussi énorme que la dépression de Robert Zimmermann, l’emmenant par la suite dans une tournée épique et bohème, la Rolling Thunder Review, avec ses amis Mick Ronson (guitariste de Bowie), Joan Baez ou encore Roger McGuinn (The Byrds).

 

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