Blade Runner

In Actualité, Cinéma by François SerinLeave a Comment

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la carrière de Ridley Scott est en dents de scie. Auteur de films formidables et parfois méconnus (des superbes Duellistes, qui n’a pas à rougir d’être comparé à Barry Lyndon, au Director’s Cut deKingdom of Heaven, tout autre film que celui exploité en salles), il a pu également pondre des choses pour le moins épouvantables – Prometheus, Robin des bois, Hannibal, Une grande année

C’est qu’on attend beaucoup de lui : avec son début de carrière fracassant, le britannique place la barre très haut. Entre 1977 et 1982, il va réaliser Les Duellistes, Alien et Blade Runner. De quoi identifier en lui un formaliste brillant, pourtant capable de rendre ses films accessibles à tous. Que la suite n’ait pas toujours été à la hauteur – voilà qui était inévitable.

Cette semaine, ressort donc Blade Runner, légende cinématographique autant par sa qualité même que par la façon dont il a accompagné l’histoire du cinéma dans la modernité. En effet, exception faite des facéties déplorables de George Lucas sur ses Star Wars, peu de films auront autant été à la pointe des possibilités offertes par les nouvelles technologies informatiques pour revoir leur copie. Résultat : un film aux multiples versions.

De la toute première, de 1982, dont la fin chapeautée par les producteurs laissait entrevoir un rayon de soleil malvenu dans un film noir à plus d’un titre, à la dernière – le Final Cut donc – où ont été supprimés tous les effets spéciaux disgracieux, l’image, ré-étalonnée, et où le montage diffère, principalement pour deux scènes, Blade Runner est donc un exemple de film au culte savamment entretenu, et dont l’identité ne s’est jamais perdue, et dont on peut juger de l’évolution dans un beau coffret 5 DVD. Prends exemple, George Lucas !

bladerunner

Surtout en enfin, Blade Runner est un film exemplaire à plus d’un titre. La direction artistique de Jordan Cronenweth et David Snyder a permis au film de créer de toutes pièces l’esthétique dite du « rétro futur », aujourd’hui un genre en soi, en littérature, au cinéma, et dans les jeux vidéos. C’est également un formidable film de science-fiction, aussi intellectuel, voire spirituel, que porté sur l’action pure, les deux éléments se mélangeant harmonieusement. C’est enfin une adaptation superbe, exemplaire donc de la façon dont un cinéaste peut saisir l’essence d’un écrit (ici, de Philip K. Dick) et lui permettre d’interroger des questions esthétiques essentielles au cinéma.

Mais ce qui doit caractériser le plus Blade Runner, c’est sa capacité à provoquer l’analyse filmique : habituellement, on peut séparer un film de son versant interprétatif (ou alors, c’est ce qui le rend inabordable pour beaucoup : voir 2001, l’Odyssée de l’espace, ou les œuvres de Tarkovski, Albert Serra ou Peter Greenaway, par exemple…). Mais Blade Runner imbrique le discours esthétique et le discours narratif, laisse libre court à une symbolique omniprésente, axe son film sur un mystère jamais énoncé, jamais élucidé : Rick Deckard est-il lui-même un répliquant ? Partant, qu’est-ce qui fait d’un humain, un humain ?

Ridley Scott a depuis, et très récemment, donné une réponse, et c’est sans doute sa première grosse erreur sur Blade Runner. On préférera donc revoir le film en salle, ou profiter de l’excellent coffret intégral pour le redécouvrir dans toute son ampleur.

(Source : Cine Corner)