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Supermarché de la musique
Vivre
de sa musique, tel est le vœu le plus cher de tout apprenti musicien,
voire de tout musicien. De sa chambre, comment passer à la cave de
répétition, puis de la cave aux studios d'enregistrement ? Plus que
de renommée, quel musicien ne rêve pas de pouvoir subvenir à ses
besoins, par la rémunération de sa créativité, de son talent, s'il en a
?
Un
problème se pose dans le cadre des musiques underground : en effet,
comment allier la volonté de demeurer « hors système » en
produisant une musique destinée à l'alternative underground tout en
devant effectuer une démarche commerciale et donc s’exposer au marché ?
Il demeure effectivement plus aisé de vendre ses disques dans la grande
distribution que dans une station de métro. Mais lorsqu'une telle
démarche, « réussir à glisser son disque dans les bacs d'un grand
distributeur » est effectuée et fonctionne…malheur au groupe
s'étant risqué à une telle pratique qui se voit automatiquement taxé de
« groupe commercial ». « Commercial », le mot
circule à voix basse, comme une sorte de ricanement médisant dans les
salles de concert, ou asséné comme une injure dans des discussions plus
animées. Cette notion, paradoxe notable du monde de l'underground, peut
cependant prendre différents sens adaptés à chacun.
Mais la réalité du marché est là : pour vivre de sa musique, il faut vendre. Bien que le star system
soit limité dans l'univers du métal, le business ne s'est pas moins
développé au fil du temps. Labels, producteurs, voire salles de
concerts, etc.. œuvrent à la base par passion, mais tous n'ont pas
vocation d'association à but non lucratif et, si le mot
« profit » demeure un tabou, nombreux sont ceux ayant pris le
pari de construire des entreprises spécialisées, autour de la musique
underground. Différents acteurs de cette scène : les groupes
Destinity, In Arkadia, le label Season of Mist, les producteurs
d'Another Sphere ainsi que l'association « les Females » ont
accepté de répondre à quelques questions sur ce sujet pour le moins
délicat.(1)
«
Est-il possible de vivre grâce au métal ? » l'exercice s’avère
difficile puisque bon nombre de groupes de renommée exercent en
parallèle une activité professionnelle complémentaire, ou, tout
simplement consacrent leur temps libre aux travaux de promotion et de
distribution, à des démarchages promotionnels et parfois à du
porte-à-porte. En comparaison avec les ligues de foot, un métalleux de
ligue 2, voir même de ligue 1, devrait donc demeurer amateur,
« l'élite » financièrement professionnalisée ne formant alors
qu’un groupe extrêmement restreint.
Gagner
sa vie dans le milieu de la musique rime avec notoriété, conférant à un
groupe la possibilité de multiplier les dates de tournées. Car
l'exercice du live, avec la décroissance du marché du disque demeure
l'un des moyens principaux de rémunération et de diffusion au sens
promotionnel du terme. En France, peu de groupes underground sont
parvenus à réellement « percer » dans le monde de la musique.
Manque d'infrastructures, de soutien des médias, d’entraide entre les
groupes, concurrence, sans subventions? les causes mentionnées
diffèrent selon les expériences. Toujours est-il que contrairement à
d'autres pays (Scandinavie, Allemagne, Angleterre) l'underground est à
la traîne dans la culture tricolore malgré un vivier important, non
dénué de talents. Le marché des concerts présente toutefois
quelques inconvénients et bien des côtés mystérieux. Certains concerts
aux affiches attrayantes peuvent, sans explications, être boudés par le
public, tout comme d'autres, sur le papier moins passionnants, remplir
les salles. Le facteur « mode » vient-il influencer « la
scène Metal » ?
Encore une fois, preuves à l'appui, il existe bel et bien des modes,
même dans un univers rejetant ce phénomène par principe. Il existe des
groupes qui « buzzent » et des styles faisant plus recette
que d'autres, et ce, selon un certain phénomène de cyclicité. Déjà dans
les années 80, réputées « années d'or du métal »
apparaissaient des « tendances » périodiques. Le phénomène
s'est intensifié, plus récemment, avec l'explosion de nouveaux styles.
Aujourd'hui le brutal death et surtout le metal folk ont le vent en
poupe, succédant à la vague des groupes avec chanteuse, et précédemment
de black métal.
L'univers du gothique, réputé plus fermé, n'échappe pas à la règle,
avec un cheminement somme toute parallèle : le batcave initial céde
progressivement du terrain pour voir apparaître un métissage musical
plus bigarré, des groupes avec chant féminin éthéré, enfin une scène
aux tendances plus électronique aujourd'hui.
Gojira
« Mode »?
« Tendance »? L’underground aurait-il vendu son âme aux
diables du marché ? S'il n’est pas honteux pour un groupe de vendre sa
musique, et de mener une réflexion « marketing », notamment lors de la
création de sa pochette d'album, certains sautent le pas, vendent leurs
âmes au capitalisme, utilisent les grands standards de la publicité et
usent de tous les moyens que le marché met à disposition du business
pour parvenir à leurs fins. Un groupe « commercial » ne serait donc pas
tout simplement un groupe vendant sa musique, mais bel et bien un
groupe utilisant la musique à vocation financière essentielle, pratique
blasphématoire entraînant le rejet immédiat dudit groupe par ses pairs.
Calculer ses compositions, utiliser certaines structures à la mode,
user d'artifices visuels scéniques, copier ses aînés, changer
radicalement de style, les subterfuges utilisés sont nombreux. Mais
même si sur le long terme ce sont toujours les meilleurs et les plus
originaux qui parviennent à tirer leur épingle du jeu, l'explosion de
ces formations dites de « suiveurs » (ou plus amicalement de « poseurs
») a contribué au surpeuplement de la scène underground et par la même
occasion, à une certaine baisse du niveau global, en termes de qualité.
Les
producteurs de musique œuvrant dans le registre du marché, produisant
de pseudo artistes dits « groupes accessibles » ne sont pas
ceux qui réussissent le mieux. L’éthique de l’underground est sauve, la
facilité ne paie pas. Cependant, inversement, le jusqu'auboutisme
underground décline. Certaines attitudes ont bien changées et les
réactions des parties les plus extrêmes de la scène, ceux pour qui même
l'exercice de la scène semblait être un affront, se sont marginalisées.
Au cœur de temps troublés de mutation de la musique, certains sont
effectivement bien contents de pouvoir vendre leurs albums. Il
demeure possible de jouer la musique que l'on aime et connaître le
succès, comme l'illustre de fort belle manière la réussite de Gojira,
qui en restant original et fidèle à lui-même laisse entrevoir un
exemple à suivre pour bien d'autres.
SYL
(1)

MICK - DESTINITY
1/ Un groupe de Metal peut-il aujourd'hui vivre de sa musique ?
Je pense sincèrement que ça reste possible tout en étant assez
compliqué et difficile à réaliser, mais rien n'est totalement
impossible dans la vie, regarde par exemple un groupe comme Gojira ! Le
souci c'est qu'il faut énormément tourner et arriver à une certaine
notoriété afin de demander des cachets corrects car un concert reste
très cher en terme de logistique entre la location d'un van
confortable, les frais de route, rémunérer ton staff, etc. Je pense que
ça reste possible mais difficile en étant français. Si nous avions été
Polonais par exemple, avec le grand nombre de dates que nous avons
réalisé pour The Inside, je pense que nous y songerions beaucoup plus
aujourd'hui.
2/ Existe-t-il véritablement des groupes de Metal commerciaux ?
Le mot commercial est très souvent mal approprié
dans le Metal mais l'on peut effectivement constater que certains
groupes utilisent commercialement tous les grands standards
marketing de la musique grand public en utilisant énormément
le visuel sur scène, en utilisant tout le temps le même type de
structure ou de refrains.
3/ Qu'est ce qu'un groupe de Metal commercial ?
Un groupe qui joue une musique calculée tout en regardant uniquement le côté financier.
4/ Est-ce honteux pour un groupe de Metal de vendre des disques ?
Haha... Non pas du tout, il faut bien des groupes qui diffusent de la
musique pour qu’il y ait un public, des fans, des concerts et un
ainsi un courant musical.
5/ Aujourd'hui, le concert est-il un marché plus porteur que la vente d'albums ?
Oui tout à fait, c'est surtout un marché qui permet d'écouler
beaucoup de merchandising et d'albums également et ainsi, cela permet
de combler un pourcentage de vente perdu causé par le
téléchargement très intense.
Tous les groupes qui fonctionnent bien sont les groupes qui tournent beaucoup, ce n'est pas pour rien !
6/ Pensez-vous à la vente/marketing d'un disque lors de sa réalisation ?
Nous sommes maintenant entourés par des professionnels (Lifeforce
Records) et nous n'avons donc plus besoin de regarder cet aspect-là,
car certaines personnes travaillent dessus pour nous et j'avoue que ça
me convient particulièrement car cela me fait une chose de moins à
faire.
Nous faisons juste attention de bien nous rapprocher de notre designer en ce qui concerne l'artwork
car une mauvaise pochette peut être la cause d'un album mal vendu. Nous
ne sommes pas des « stressés par les chiffres de vente
de nos albums », mais ils nous permettent d'avoir de bien
meilleurs budgets et ainsi d’aller enregistrer dans des studios plus
importants qui correspondent mieux à notre style.
7/ Est-ce difficile de changer de style ? Faut-il faire attention et anticiper les réactions du public ?
Une évolution musicale pour un groupe n'est jamais bien bonne et cela
dans tous les styles de musique, mais je pense que c'est encore plus
mal perçu dans le Metal ! Si tu dois le faire, il faut le faire avec
conviction et honnêteté, ce qui est par exemple notre cas ! Nous jouons
cette musique avec passion depuis 1996 et ce n'est pas un changement de
style au fil des années qui nous a apporté une meilleure vie financière
par exemple ! Simplement nous jouons notre musique avec notre cœur et
nos goûts musicaux ne sont plus les mêmes que lorsque nous avons créé
le groupe en étant ados. Je pense qu'il faut le faire en douceur tout
comme nous l'avons fait. Sans trop s’en rendre compte.
MICK & DESTINITY

MIKA - Season of Mist
1/ Le Metal est-il un marché porteur par rapport à d'autres styles musicaux ?
Non, pas vraiment. Il est en augmentation dans certains territoires et en baisse dans d’autres. C’est cyclique.
2/ Y a-t-il des tendances dans le Metal ? des styles plus vendeurs ?
Tout dépend encore du moment. À une époque ce fut le death, ensuite le
métal à chanteuse, ensuite le black, le deathcore…. Encore une fois,
c’est cyclique.
3/Comment s'effectue la sélection des groupes à produire ?
À chacun sa méthode, selon moi c’est selon la qualité et l’originalité.
4/ Les groupes qui produisent une musique dite "accessible" sont-ils ceux qui vendent le mieux ?
Pas forcément du tout.
5/ Est-il possible de vivre en ne produisant qu'un seul style de Metal ?
Est-il possible de vivre en ne produisant que du métal tout
court ? Seule une poignée de personne y arrive au niveau mondial,
et ce nombre est en baisse chaque année. La crise dans le marché de la
musique est une réalité. Le nombre d’acteurs indépendants est en baisse
permanente et il devient donc de plus en plus difficile de se faire
signer. Nous avons de notre coté dû adopter une politique de
non-signature de groupes débutants.
On commence aussi à assister au début du métal subventionné, où les
plus « démerdards » arrivent à toucher de l’argent public
pour financer leurs enregistrements. Personnellement ça me navre, mais
bon, y a pas le choix !
6/ Y a-t-il différentes manières de manager "petits" et "grands" groupes ? À partir de quand se fait la différence ?
Oui, énorme. La masse de travail n’est pas la même. La différence
se fait selon moi aux environ de 15 000 exemplaires vendus au
niveau mondial.
7/
Comment diffuser efficacement une musique dite "underground" sachant
que celle-ci n'est pas portée par les moyens de communications de masse
(tv/radio) ?
Cela fait bien longtemps que la scène (le live) et Internet compte plus que la presse, la TV et la radio...
8/ Est-ce honteux pour un groupe de Métal, de vendre des disques ?
Non, sauf chez certains extrémistes dans le Black métal dont tout
le monde se fout aujourd’hui – c’est assez marrant à l’époque, où tout
vendait, certains rigolos se la jouaient true underground
en ne prétendant pas vouloir vendre (mais en étant bien content
d’encaisser des chèques sur les royalties pour la plupart) et
maintenant que rien ne vend, tout le monde serait bien satisfait de
vendre plus et cette attitude a disparu !
MIKA - Season of Mist

Théo - Another Sphere/ In Arkadia
1/ Y a-t-il des tendances dans le Metal ? Des styles plus vendeurs ?
Alors
actuellement, a priori le pagan/folk type Korpiklaani / Eluveitie
a le vent en poupe, il semblerait que tous les labels signent ce genre
de groupe, car il y a pas mal de demande du public. Le brutal death et
le grind également genre Destinity, Benighted...
2/Comment s'effectue la sélection des groupes à produire ?
Il n’y a aucune règle. Chez nous on fonctionne à l'affectif, au contact et donc « le feeling » qu'il y a avec les groupes ...
Le plus important reste que le groupe apporte un projet concret,
sincère et bien fini sous tous ses aspects, que ce soit d'un point de
vue sonore ou graphique, il faut que le projet soit cohérent et
intéressant.
Petite précision quand même nous ne "produisons" pas de groupe dans le
sens où la production c'est plus le financement de la fabrication de
l'album (studio et graphisme, vidéo clip...) Nous signons des licences
sur des albums déjà produits par les groupes. Donc sur un produit
vraiment fini prêt à être imprimé puis vendu.
3/ Les groupes qui produisent une musique dite "accessible" sont-ils ceux qui vendent le mieux ?
Honnêtement,
nous ne savons plus trop qui vend bien ou qui vend mal... Je trouve que
le public achète n'importe quoi et n'importe comment. C'est tellement
l'anarchie qu'on ne peut pas vraiment prévoir le type d'achat qui va
être réalisé et par conséquent on ne peut pas vraiment dire que les
musiques dites "accessibles" vont vendre mieux. Je citerais un
exemple très simple que tout le monde connaît bien en France : Gojira
est très loin de proposer une musique dite "accessible" pourtant ça
reste le meilleur vendeur Français tous styles confondus.
4/ Est-il possible de vivre en ne produisant qu'un seul style de Metal ?
Oui,
si tu trouves la perle rare ultime qui va vendre par milliers, tout en
étant prévoyant car l'avenir est toujours totalement incertain. Par
exemple Ultra Vomit profite d'une explosion de notoriété actuelle, mais
personne ne saurait vraiment dire combien de temps "l'effet de mode" va
continuer. Et, non, si tu considères que chaque "style"
finalement fonctionne de manière éphémère, sur une période allant de 3
à 10 ans. Ce qui est flagrant c'est qu'un style meurt quand les gens en
ont fait le tour. Tu prends n'importe quel nouveau style émergeant, tu
te retrouves sur le marché avec un millier de groupes qui se mettent à
surfer sur la vague nouvelle ce qui tue totalement l'effet
d'originalité presque immédiatement et le style meurt assez vite. Seuls
survivent comme toujours, les précurseurs et quelques autres groupes
qui tirent bien leur épingle du jeu.
5/ Y a-t-il différentes manières de manager "petits" et "grands" groupes ? À partir de quand se fait la différence ?
Manager
un groupe est de loin une des choses les plus difficiles dans le milieu
musical car tu dois faire avec les personnalités de plusieurs
personnes… plusieurs façons de voir leur propre musique… la route
qu'ils se sont fixée. Il n’y a pas de règle encore une fois, il y a des
groupes qui facilitent beaucoup le travail, car ils veulent rester
actifs dans leur parcours un maximum et ils s'investissent tous à fond,
et il y a des groupes qui croient encore qu'un manager doit tout faire,
limite… donner le bain aux membres du groupe et masser leurs pieds...
On rencontre pas mal de "petits" groupes qui ont un melon énorme, qui
te demandent des sommes astronomiques pour jouer en concert alors
qu'ils ne vendent pas un CD. Et tu rencontres également des grands
groupes qui sont super arrangeants, qui font en sorte que tout se passe
bien, qui ont les pieds sur terre.
6/
Comment diffuser efficacement une musique dite "underground" sachant
que celle-ci n'est pas portée par les moyens de communications de masse
(tv/radio) ?
Il y a internet
évidement, mais encore une fois faire de la promotion sur internet,
c'est gratuit et à la portée de tous, donc finalement c'est un bordel
innommable, il y a trop de choses et Internet et devenu une poubelle
dans laquelle il est difficile de se retrouver. Je ne suis plus très
sûr que ce soit toujours un moyen efficace de communiquer sur de
l'underground, car finalement c'est bien le plus gros média de masse
qui existe à l'heure actuelle.
Il reste les magazines papiers qui sont encore assez lus par les
fidèles lecteurs, mais ils sont à la limite de l'inaccessibilité pour
un label de notre taille. Les coûts de promotion sont trop élevés pour
une petite structure et obtenir une simple chronique pour un album
relève presque de l'impossible ...
Donc pour moi, et je pense que la plupart des groupes me rejoindront
sur ce point, le meilleur moyen reste de jouer en concert ! Même dans
une toute petite salle, le public présent peut vraiment mieux
appréhender ce qu'on lui propose d'acheter.
Théo - Another Sphere/ In Arkadia

Phil Nerin - Another Sphere
1/ Peut-on aujourd'hui vivre grâce au Métal ?
Tu
sais, il y a deux catégories d'acteurs sur la scène métal, ceux qui ont
des structures professionnelles et qui vivent de leur activité et les
organismes amateurs qui eux ne font cela que par passion. Les grosses
maisons de disques génèrent encore des recettes et ramassent encore pas
mal d'argent. La conjoncture du CD étant ce qu'elle est (c’est-à-dire
déclinante) il devient impossible d'atteindre les chiffres d'antan.
2/ Qu'est ce qu'un groupe "commercial" ? Existe-t-il réellement de groupes de Metal (ou underground) commerciaux ?
Évidemment
il y a des groupes calibrés pour marcher, les maisons de disques en ont
complètement conscience et vont sortir l'album avec un son indémodable
et le visuel qui va bien. C'est une stratégie commerciale bien rodée à
laquelle le métal ne peut échapper, car ne l'oublions pas pour certains
il s'agit d'un business pur et simple !
3/ Les ventes de disques diminuent, qu'en est-il du "marché du live" ? Celui-ci est-il stable ? Porteur ? En évolution ?
Le
marché du live est très variable et n’est régi par aucune loi. Des
groupes qui fonctionnent bien au niveau de leurs ventes vont faire peu
de monde en concert (cf. Enslaved à Lyon) et un groupe peu connu peut
remplir, blinder un club (cf. Violator à Nancy). Le live même si les
risques sont plus ou moins prévisibles est toujours un coup de poker...
4/
Comment se choisit l'organisation d'une date de concert ? Faut-il
faire attention afin d'anticiper les réactions du public ?
Organiser une date est-il toujours synonyme de prise de risque ?
Une
date de concert est souvent choisie en fonction des propositions que
l'on reçoit des tourneurs. Mais moi je contacte régulièrement des
formations qui me semblent intéressantes. Je lis et m'informe beaucoup
des groupes qui buzzent et ainsi je peux sélectionner au mieux.
5/Peut-on
faire passer uniquement les groupes que l'on aime ou faut-il aussi un
juste milieu et produire aussi des groupes réputés plus
« vendeurs» ?
Évidemment
tes goûts personnels ne peuvent pas entrer en ligne de compte sinon tu
es mort. Si je ne faisais passer que ce que j'aime nous aurions depuis
longtemps mis la clé sous la porte ! Alors dans tes organisations, si
en plus tu peux faire jouer des groupes que tu aimes, c'est un plus,
mais en aucun cas tes goûts ne doivent prendre le pas. Tu as une
association à faire tourner et tu te dois de la faire pérenniser. Ce
n'est pas un jouet que tu manipules à ta guise, il y a tellement
d'enjeux derrière...
6/Les "grosses cylindrées" font elles toujours recette ?
Pas
toujours. J'ai de nombreux cas de collègues qui ont pris du "lourd" et
se sont plantés. Tu pourras faire toute la promo et la publicité que tu
veux si les gens ne veulent pas voir ton concert, ils ne viendront
pas ! Il ne te reste plus qu'à attendre le verdict du public car
c'est toujours lui qui a le dernier mot.
7/ Y a-t-il une concurrence entre organisateurs du fait de "parts de marché" à conquérir ?
Même
si elle n'est pas patente, implicitement il ya toujours une forme de
concurrence même si je dois reconnaître que dans ma région, tout se
passe en bonne intelligence. Je connais tous les organisateurs du coin
et je discute souvent avec eux, donc, si on n’est pas trop con, on
arrive toujours à avoir un dialogue constructif. Il n'est pas bon dans
ce milieu de se faire des ennemis, cela ne profite à personne.
Phil Nerin - Another Sphere
SYL
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