L'affiche indique « métalcore ».
Pourtant, dans le concert du soir, pas l'ombre d'une tignasse hirsute
en vue, pas de veste à patch, pas de rangers, voire pas même de
T-shirts noirs ! À la place, casquettes, jeans, chemises rayées,
baskets, cheveux courts... où sont passés les traditionnels métalleux ?
Les occupants du soir portent un autre nom : « coreux » et
malgré le terme de « métal » lu sur l'étiquette, leurs codes
semblent très différents, se démarquant aussi dans l'aspect visuel.
Impact de météorite, ère glaciaire ? Une tribu se dessine, mais
pourquoi tant de différences, voire une réaction de rejet entre la
scène hard core et la scène métal ?
Des faits historiques
détaillés permettent de répondre à cette question. En réalité, point de
clash entre le hardcore et le métal, mais les deux courants proviennent
de familles à la base fort distinctes ; à savoir, avant de se
croiser : le punk hardcore et le métal. Ce n'est donc pas le terme
de séparation qu'il faudrait utiliser, mais bien celui d' « union », ce
qui n'explique cependant pas une certaine rivalité pouvant se retrouver
entre ces deux scènes.
Et comme souvent pour étayer
une hypothèse, rien de tel que de remonter aux origines pour mieux
comprendre la question. Les origines du métal ont déjà été détaillées à
maintes reprises, mais qu'en est-il du hardcore ? Comme le black métal,
son apparition demeure encore soumise à controverse. Une certitude : le
hardcore descend, non pas de l'arbre, mais du punk. Un mouvement punk
qui, en explosant au début des années 80, ne satisfait plus tout
« adhérent » pensant que, avec son extension, le mouvement a
perdu de son sens originel. Le personnage avec une crête rose hurlant
en crachant de la bière au travers de ses piercings n'est-il plus assez
radical ? Apparemment non. Aussi, un besoin de se démarquer, hante-t-il
tout coreux notamment tenté par un visuel plus sobre et aussi de
changer jusqu'au slogan officiel : le nihiliste « No future »
qui devient « Do It Yourself ». Une nouvelle philosophie est
née. Mais quand exactement ? Comme souvent, c'est là que tout se
complique, la question entraînant querelles familiales et guerres de
clochers. Pour certains, le groupe D.O.A en 1981 serait le premier à
introduire le terme de « hardcore » avec son album «Hardcore
81 ». Pour d'autres, le groupe MC5 serait le maillon évolutif
manquant à l'origine de la nouvelle espèce. D'autres préfèrent évoquer
le groupe Minor Threat (1980, fondateurs de la branche dites SxE ou
Straight Edge dont la philosophie : « pas de drogues, pas
d'alcool, pas de sexe » rompt définitivement avec la tradition
punk) et une minorité évoquera l'apparition de quelques
extra-terrestres, mais les trois premières hypothèses sont les plus
crédibles.
Le hardcore serait apparu à la fin des années 70 aux Etats-Unis (bien
que concurrencé par certaines tentatives anglaises). Musicalement, le
tempo s'accélère, les guitares s'alourdissent et le chant devient plus
agressif, plus hurlé. Fort de cet impact sonore et d'une philosophie
sans concessions, le hardcore se développe, Bad Brains, Minor Threat et
Black Flag ouvrant la voie aux Dead Kennedys, Circle Jerks, Agnostic
Front, Sick of it All, Madball, Biohazard pour les plus connus (liste
non exhaustive).
L'apparition de groupes
toujours plus nombreux conduit inévitablement à l'introduction de
nouvelles sonorités et si certains restent fidèles aux sonorités
originales, d'autres introduisent dans leurs compositions le son métal,
amenant pour la première fois le terme de « métalcore »
vraisemblablement vers la fin des années 80. Tout comme pour le métal,
décrire toutes les subdivisions de sous styles apparaissant pendant
cette période dans le hardcore susciterait un ouvrage de la taille d'un
annuaire téléphonique. Il demeure cependant intéressant de remarquer
que, comme le métal renferme le Nu métal, le punk le skate-punk, le
hardcore renferme un mouton noir : l'émocore. À la base, rien de
péjoratif à pratiquer ce style, violent, hurlé et rapide. Mais avec
l'intégration d'une part plus importante de chant clair et des
thématiques versant dans la comédie sentimentale, quelques groupes
pratiquant un style d'emo « light », trop light, lui cause
préjudice car cette fois, dans tout type de musique underground
sans exception, se « dé-radicaliser » pour devenir une mode
et flirter avec le grand commerce est automatiquement banni. Pour
les prêtres du emo prêchant une certaine banalisation sonore,
l'excommunication se voit assurée mais le risque du discrédit porté sur
ce genre particulier est bien réel. Cependant lorsque la question est
posée à des groupes et amateurs de hardcore, tous s'accordent pour dire
que malgré quelques dérives, le style ne deviendra jamais une musique
« mainstream » (Dixit le groupe français Black Bomb A).
L’apparition du métalcore se comprend aisément, car avec
l'épanouissement du hardcore et en parallèle l'expansion du métal (et
notamment du thrash) dans les années 80, la rencontre des deux courants
majeurs des musiques alternatives ne pouvait être qu'évidente. Au
petit jeu du « qui de nous deux criera le plus fort » autant
s'y mettre ensemble, cela sera plus efficace. Integrity, Hatebreed sont
ainsi les représentants de cette nouvelle vague d'agressivité dite
« New school », suivie par de nombreuses formations telles
que Killswith Engage ou Converge. Hardcore-Metal ou Metal-Hardcore ? Le
crossover est parfois pleinement assumé et assimilé entre les deux
styles et nombreux sont les groupes de métal à ajouter des apports
hardcore dans leurs compositions. Toutefois, tenir son postérieur en
équilibre entre deux chaises n'est pas toujours chose aisée. Ainsi, le
public métal peine parfois à accepter certains groupes adoptant ce
métissage sonore. Trivium, Slipknot, Eths, sont autant d'exemples de
formations qui peinent à convaincre aussi bien le public métalleux que
coreux. Pourquoi ? Certainement parce qu’aucune des deux influences ne
parvient réellement à se détacher. Comme le fan de métal, le fan de
hardcore (plus courant nommé Hxc) est fidèle à certains
« codes » implicites. Les pratiquants pourront s'en défendre,
ils n'en demeurent pas moins influencés par tout un mode de vie, une
culture et un militantisme. Si ces éléments peuvent varier selon les
différentes branches du mouvement hardcore, ils n'en demeurent pas
moins particulièrement influants sur l’ensemble de la communauté, ceux
s'en écartant étant considérés comme des parias. Les fondements du
métal, qui sont différents, et impliquant moins les individus par
rapports à leurs actes personnels sont alors plus que les divergences
musicales, des faits pouvant expliquer les oppositions initiales des
deux scènes.

Les apports métal sont
aujourd'hui mieux tolérés au sein de la scène core, certains pionniers
du genre tels que Agnostic Front ou Madball n'hésitant pas à s'y
prêter. Cependant, malgré une brutalité (Unearth) qui réunit les deux
styles, le public hardcore est aussi fier de conserver ses repères.
Plus que les aspects vestimentaires ou sonores, ceux-ci s'exprimeront
pleinement lors des prestations live qui, là encore, n'auront rien à
voir avec celles qui sont observées dans un concert métal. Le
metal a son « pogo », le hardcore a le « mosh pit».
Plus violent, le mosh ne consiste pas en de simples bousculades,
amicales ou plus viriles mais bien en une sorte de danse. De la danse
au pays des guitares électriques ? Oui, car par définition, la danse
n'est-elle pas l'expression du mouvement du corps humain ? Dans ce cas
particulier, celui-ci se meut donc plutôt rapidement, avec de
frénétiques moulinets de bras et de jets de jambes. Tout comme lors des
pogos, les coups ne sont pas destinés, à la base, à atteindre leur
cible, et une telle pratique consiste plus à renforcer la position
hiérarchique du « mosher » au sein de son groupe. Un
métalleux égaré tentant de secouer la tête s'exposera ainsi à une
grande paire de claques (involontaire). Le mosh possède ses règles et
même, comme dans tout autre style de danse, ses propres chorégraphies
et appellations de différentes figures telles que le « Wind
Mill », « Floor Punch » ou encore « Grippe
sous ».
Malgré l'expression d'une
certaine violence et des associations musicales parfois proches,
métalleux et coreux demeurent la plupart du temps deux familles se
mêlant peu, chacun conservant ses codes, ses lois, sa philosophie de
vie, un choix s'expliquant par les origines de ces deux styles
musicaux. Le passé historique reste parfois le plus fort, même si
aujourd'hui les mentalités évoluent et qu'il est admis que Romeo puisse
aimer Juliette sans connaître une fin tragique.
Interview réalisée
auprès du groupe Black Bomb A
1/ Qu'est véritablement
un groupe de hardcore ?
1/Je ne sais pas ce qu'est
qu'un groupe de hardcore, à part un groupe qui respecterait les codes
stricts d'un style musical défini comme étant le hardcore. Après il
faut voir si l'on parle de hardcore classique, dit "old school" et
caractérisé par des groupes comme Agnostic Front ou Sick of it All, ou
la vague plus récente de harcore nommée "new school" avec des groupes
comme Hatebreed, en fait cette dernière existe depuis longtemps sous la
dénomination de "metalcore". Pro Pain par exemple officiait dans ce
style dès leurs débuts bien avant Hatebreed.
2/ Quelles sont les différences fondamentales
entre hardcore et métal ?
2) Le Hardcore est plutôt issu du Punk ou de la Oï alors que le metal
vient du hard rock.
3/ Pourquoi est-ce parfois si difficile de
réunir les publics de ces deux scènes ?
3) Parce que ces deux formes de
musiques énergiques, ne dégagent pas la même sorte d'énergie, n'ont pas
la même manière de l'exprimer que ce soit dans la fosse ou sur scène,
parce que derrière il n'y a pas non plus le même état d'esprit, ni la
même éthique. Et puis parce que dans les musiques "underground", les
gens aiment les chapelles.
Ceci dit le "metalcore" et ce que l'on appelle aujourd'hui le
« Hardcore new school » qui mixent beaucoup le métal au
hardcore, rapprochent les deux scènes.
4/ Comment le hardcore a-t-il évolué ? Comment percevez-vous cette
évolution ?
4) Et bien justement il a tendu à se rapprocher du métal, il mixe le
type d'énergie, de rythmique et de phrasés du hardcore dit "oldschool",
au son, à la puissance et l'épaisseur du métal. Il mélange vraiment les
deux styles, même dans la voix qui rythmiquement reste proche du old
shcool (mais en plus lourd, en moins speed) mais qui prend les
tonalités des voix métal. Les productions « sons » sont très
proches de celles du métal. Au même titre, certains groupes dit métal,
se sont aussi rapprochés du hardcore par certains côtés.
5/ Quelles sont, pour vous, les références en
la matière ?
5) Spudmonsters, Sick of it all, agnostic Front, Madball, D.R.I
En new school, Hatebreed, Terror.
6/ Quel est selon vous, le futur de cette
musique ? Restera-t-il toujours, selon vous, un style subversif ?
6) Le futur de cette musique sera ce qu'est son présent, c'est-à-dire
une manière de faire conventionnelle et dite "oldschool" même avec des
sons plus actuels, et une manière de faire plus "métal" dite "new
school" et avec ça toutes les nuances possibles et imaginables, post
hardcore, core and roll, punk hardcore, emocore, crossover, etc...
Quand à savoir s'il est subversif, ça dépend très franchement des
groupes qui souvent ont plutôt un discours "united" que subversif, donc
bon. Sûr en tout cas que ça ne deviendra sans doute pas une musique
"Main stream".
Djag, Black Bomb A

Interview réalisée
auprès du groupe Disturb :
1/ Qu'est véritablement
qu'un groupe de hardcore?
Un "Veritable groupe de
"hardcore"!
- C'est assez Idéo comme question , il n'y a pas de définition idéale
car chaque groupe à sa propre définition du hardcore, à la base c'est
basé sur une étique du D I Y , "Do it yourself"
Tout par soi même!! c'est très vaste comme champs d'action, car des
groupes commencent avec des moyens différents, en gros il faut de
l'argent pour se faire connaitre, pour pouvoir tourner , c'est pas
gratuit, lol, financer son cd etc... donc tu fais avec les moyens du
bord, le bouche a oreilles ça va plus vite parfois!!! un bon groupe de
hardcore ne fait pas spécialement du hardcore ou du punk , du métal ,
ça peut être du rap, du reggae , c'est une idéologie ne l'oublions pas
c'est un mouvement underground , y a pas d'industrie sur ce type de
musique à la base, musicalement pour ma part du hardcore c'est un mix
punk/metal.
2/ Quelles sont les
différences fondamentales entre hardcore et métal ?
Je pense que c'est juste une
question de style et de niveau musical, les groupes de hardcore sonnent
plus sales j'entends par là que ils ne passent pas par le nettoyage de
l'industrie grande écoute, faites pour les grandes Majors , ils sonnent
plus brut, naturel et vrai, tandis que les groupes de métal peuvent
entrer plus facilement dans la spirale médiatique, car ils sonnent plus
propre, plus chirurgical, plus technique, beaucoup de groupes ont
débuté dans le hardcore pour après avoir une étiquette plus métal au
final , comme hatebreed, walls of jericho, Terror, les plus gros groupe
car c'est normal ils tournent beaucoup plus que d'autres et a force de
travail , de concerts, au final ils sonnent plus métal , plus propre,
plus show a l'américaine.
3/ Pourquoi est ce
parfois si difficile de réunir les publics de ces deux scènes ?
Cela se démocratise quand même
petit à petit, tu sais l'industrie du disque se porte très mal, et
internet n'arrange pas la situation ces deux types musicaux sont menés
à se soutenir, pour moi les groupes de hardcore ouvre le show pour les
têtes d'affiche , les groupes de métal, dans la crise faut réunir tous
types de styles musicaux pour réunir le plus de monde, de teens , de
passionnés , pour faire vivre cette scène,
4/ Comment le hardcore
a t il évolué? Comment percevez vous cette évolution ?
Le hardcore ne connait pas la
gloire, c'est underground avant tout, il doit le rester pour ma part ,
tu as bien sûr différents mouvement s, plusieurs type de style hardcore
, en général c'est musical, avec une touche de si de la , genre rock,
emo , punk, metal , ska , torturé , fracas c'est du mix comme on dit et
aujourd'hui c'est un mouvement qui a tendance à changer, il se perd ,
c'est dramatique, tout devient cher et les groupes à petit budget, ne
peuvent plus tourner, et n'en vivent surtout pas , et le paradoxe c'est
que le hardcore puise son energie dans la crise, la révolte, à ce
moment il devient vrai , nous y croyons dur comme fer.
5/ Quelles sont, pour
vous, les références en la matière?
Il y en a plusieurs
heureusement, cela va de Sick of it all, Biohazard, Spudmonters,
Madball, Earth crisis, et bien d'autres ...
6/ Quel est selon vous,
le futur de cette musique ? Restera t il toujours, selon vous, un style
subversif?
J'espère qu'il continuera son
chemin déjà entreprit par d'autres toutes ces années et qu'il restera
intègre toujours aussi contestataire que passionné.
Merci de nous laissez la
parole, Respect à toi
Mike Distur
SYL.
|