Kiyoshi Kurosawa, sociologue des fantômes

In Actualité, Cinéma by François SerinLeave a Comment

Avec la sortie cette semaine de Vers l’autre rive, le japonais Kiyoshi Kurosawa revient sur les écrans de France. Réalisateur stakhanoviste, il peut avoir sorti trois films en un an à une époque, pour s’astreindre à un rythme légèrement moins rapide ces derniers temps.

Il faut dire que le K. Kurosawa qu’on a découvert en France au début des années 2000 n’est guère celui, contemplatif et patient, des Shokuzai et autres Tokyo Sonata. Disons qu’il a mûri, s’éloignant des voies du cinéma de genre qui lui ont pourtant valu ses premiers admirateurs.

C’est pourquoi nous allons dire un mot de Kaïro, certainement le magnum opus de sa première période. Sorti en plein boom de la J-Horror (qui a notamment vu sortir The Ring, Dark Waters, Deux Soeurs ou le patachon The Grudge), Kaïroressemble au grand frère des films de la vague, essai minimaliste et glaçant sur les solitudes de l’urbanisation et de l’Internet.

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Homme de peu d’artifices, Kiyoshi Kurosawa est du genre à vous terroriser avec le simple plan d’un visage passant lentement le bord du dossier d’une chaise – aidé en cela, il est vrai, par la composition musicale terrifiante de Takefumi Haketa. Il démontre avec Kaïro sa capacité à jouer des ambiances, des hors-champs (qui sont finalement le vrai sujet du film) : à créer une réalité à l’écran qui envahit l’auditoire, implacablement.

Pessimiste spectateur des dérives nombrilistes de la civilisation de l’Internet, Kiyoshi Kurosawa termine Kaïro sur une note ambivalente – mais poursuit sa réflexion dans le formidable Retribution, en 2007 – avant de passer à autre chose avec le conte à la Ozu Tokyo Sonata.

(source : ciné corner)