Treize ans après avoir tué son personnage, Lewis Trondheim redonne vie à Lapinot. Si il est rare de voir un personnage de bande dessinée disparaitre, assister à son retour à la vie semble encore plus incongru. Alors : réel retour de flamme ou simple coup du lapin?

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Cela devait démanger Lewis Trondheim d’évoquer l’actualité, l’air du temps, l’emballement sur les réseaux sociaux, l’omniprésence des smartphones, les chaînes d’information continu… Mais par quelle astuce scénaristique justifie-t-il cette résurrection de Lapinot, alors que lui même croyait en avoir définitivement terminé? Grâce à une théorie chère au scientifique Hugh Everett : celle des mondes multiples. Et oui, Lapinot vit toujours mais dans univers parallèle au notre. Un univers qui ressemble par ailleurs étrangement à la France de 2017… Dont Acte.

Cette astuce discutable passée, l’histoire nous emmène vers une comédie sociale aigre-douce qui fera a coup sûr le bonheur des fans et qui est tout à fait conforme à ce qu’on peut attendre d’un Trondheim, primé à Angoulême en 2006. L’humour caustique est toujours là, son regard plus acéré que jamais, totalement contemporain.

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La parole est à la défense : « Cela fait déjà dix ans que j’angoisse à l’idée de devenir un vieil auteur qui radote… C’est pour ça que j’avais lâché Lapinot, je ne voulais pas faire juste un album de plus. Treize ans après, j’espérais avoir quelque chose à raconter, mais j’étais assez vigilant. Ma première lectrice, ma femme Brigitte, n’a pas été emballée. Elle trouvait que le fait de parler de terrorisme et de djihadisme, ça n’avait pas sa place dans Lapinot. Ce qui était vrai pour le Lapinot d’avant. Mais on ne vit pas dans le monde d’Amélie Poulain. Les autres lecteurs qui ont découvert ce Lapinot en avant-première étaient très contents. Cela m’a rassuré (rire)« .

Autre bonne nouvelle : Trondheim organise le retour de Lapinot chez son éditeur originel, L’association.  Crée par un collectif d’auteurs, L’Association a explosé les codes de la bande dessinée, une aventure qui se devait donc de continuer : « J’aurais sans doute été bien mieux payé en allant dans un gros groupe, mais ce n’était pas mon but qui est de faire des albums qui m’amusent et qui m’intéressent. Et si, en même temps, je peux aider à pérenniser des structures comme l’Association en faisant entrer un peu de sous, tant mieux. Cette maison d’édition est un outil formidable pour les auteurs. C’est important qu’elle continue. »

Lapinot ressuscité pour sauver le monde de l’édition? Quoiqu’il en soit, un deuxième tome de cette nouvelle génération serait dores et déjà prévu. De quoi peut-être définitivement accéder à l’éternité…