Le Retour à la Terre de Manu Larcenet

In Bandes dessinées by François SerinLeave a Comment

On ne l’attendait plus vraiment, il faut bien l’avouer, mais depuis quelques semaines un nouveau Retour à la Terre est enfin disponible. La sortie du tome 6 – intitulé Les Métamorphoses – constitue une occasion idéale pour revenir sur cette série très singulière dans le parcours de Manu Larcenet

Au scénario nous retrouvons Jean-Yves Ferri, qui cultive ici plus que jamais ses humeurs bucoliques. Dans le Retour à la Terre, il se penche avec une sensibilité éprouvée sur les états d’âmes déracinés de son copain Larcenet, au dessin. La série est semi-autobiographique puisque, au milieu des années 90, alors qu’il évolue en tant que collaborateur chez Fluide Glacial dans des cercles très parisiens, il décide de quitter les lumières de la ville pour s’installer dans la brousse lyonnaise. De cette aventure personnelle naitra l’idée du Retour à la Terre et son personnage principal, son alter-ego, Manu Larssinet

Le résultat est une merveille de drôlerie et de tendresse. Au fil des tomes, Manu Larssinet apprivoise le retour à la campagne, cherche à devenir un homme et père accompli. Les titres des tomes illustrent tout à fait cette aventure néo-rurale moderne : La vraie vie, Les projets, Le vaste monde, Le déluge, Les révolutions, Les métamorphoses. Chacun apporte son lot de tracas quotidiens, des premiers problèmes de connexion internet aux manques de la vie citadine, de la nature indomptable aux joies du potager (l’extase du premier radis!).

Ajoutons à cela une galerie de personnages aussi touchants qu’attachants. Pèle-mêle: le maire magouilleur, l’ancienne résistante, les potes punks, les autochtones rustres mais accueillants, le chat dépressif… Ensemble, ils festoient aux Ravenelles (la ferme des Larssinet), affrontent Paris et ses éditeurs (autobiographie, toujours), se lancent dans des improvisations musicales et goûtent évidemment aux produits de la terre.

Manu Larcenet dessine simplement, dans son style sans fioritures, avec un dynamisme fantastique, une science naturelle de l’onomatopée. En quelques traits, ses personnages semblent prendre vie.

N’ayons pas peur de le dire, Le Retour à la Terre est une réelle petite pépite. L’humanité qui se dégage des planches n’a d’égal que la force gaguesque des auteurs. Ferri et Larcenet ont un don incontestable pour mélanger avec grâce humour, tendresse, subtilité et rires. Nous sommes constamment touchés par leur justesse, leur inventivité et leur poésie. Si jamais vous êtes passés à côté jusqu’ici, n’hésitez plus.