Léonard Cohen, au service de la folk depuis 1967

In Actualité, Musique by François SerinLeave a Comment

Alors que son ami Bob Dylan vient d’être sanctifié de son vivant en recevant le Nobel de littérature, Léonard Cohen, 82 ans, sort You want it darker, son nouvel album de chansons originales. Après l’arrêt de sa tournée marathon en 2013 (trop fatigué), ce disque a tout d’une ultime révérence. Un bon prétexte pour se replonger dans la carrière exemplaire du canadien.

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Si Léonard Cohen n’a pas reçu le Nobel, il aurait tout à fait pu y prétendre, tant il contribua à la poétisation de la musique pop dans les années 60. Il publia également plusieurs recueils de poésie et deux romans (le jeu favori et Les perdants magnifiques à lire sans tarder – si ce n’est déjà fait). Ses textes – prières tristes imprégnées de culture religieuse – et sa musique – empruntant à la chanson populaire Anglo-Saxonne – marquèrent durablement son époque, à l’image de son grand classique Hallelujah (repris avec succès au début des années 90 par Jeff Buckley).

Son premier album, sobrement intitulé Songs of Léonard Cohen, sorti en décembre 1967, donne immédiatement le ton : sobriété, simplicité, sincérité, élévation spirituelle… Ces ingrédients construiront une carrière au long court, irréprochable. Trois titres vont principalement marquer les esprits à la sortie de ce disque : So long Marianne, Sisters of Mercy (D’où le groupe gothique éponyme tirera son nom, quelques années plus tard) et bien sûr Suzanne.

Cette dernière a été écrite pour Suzanne Verdal, l’ex-épouse du sculpteur québecois Armant Vaillancourt, un proche de Cohen. Il décrit Suzanne comme « à moitié folle », une femme avec qui « on peut passer une nuit entière », avec qui « on voudrait voyager ».

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Parfois à la limite de l’impudique, Léonard Cohen ne se dépareille jamais d’une sobriété quasi-liturgique. Ainsi, il peut tout nous dire, tout nous raconter, sans jamais sombrer dans le vulgaire ou le larmoyant. Sur son second album, Songs from a room en 1969, figure la chanson Seems so long ago, Nancy. Ce titre a été écrit à la mémoire de Nancy, une jeune fille blonde, amie de Cohen, retrouvée retrouvée dans sa salle de bain à Montréal en 1965, une balle dans la tête, suicidée. Nancy avait 21 ans. Il faut écouter et ré-écouter cette version digne et tourmentée, simplement bouleversante.

Toute sa vie, Cohen fut conteur et poète, il l’est toujours, et nous offre sa vie en partage. Aujourd’hui encore, en 2016, on ne peut que rendre hommage à cette légende vivante de la folk nord-Américaine.

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