Mieux vaut brûler que s’éteindre à petit feu... Voilà ce que chantait le canadien Neil Young à la fin des années 70. Même si cette célèbre rime de la chanson Hey Hey My My a pu parfois être mal interprétée (elle figurait malheureusement en guise d’épitaphe dans la lettre de suicide de Kurt Cobain), le loner, en 2015, reste fidèle à son crédo et brûle encore sans faiblir. Entouré de jeunes musiciens Californiens explosifs (le groupe Promise of the Real, composé notamment de Lukas et Micah Nelson, fils du chanteur country Willie Nelson), il publie en ce moment son 36ème album studio (!!), un véritable brûlot nommé The Monsanto Years.

Neil-Young

Le titre indique clairement la couleur : toutes guitares dehors, la rage au ventre, Young s’attaque au géant de l’agroalimentaire mondial, coupable selon lui d’empoisonner la planète en imposant ses semences OGM et ses pesticides. Mais ce n’est pas tout : il cible aussi la grande distribution ou même l’industrie pétrolière en blâmant directement certaines marques comme Starbucks, Chevron, Walmart ou Safeway… Toujours aussi rock’n’roll, imprévisible, indomptable, insubmersible, ce nouveau défi semble avoir remonté Neil Young dont les chansons retrouvent ici de la vigueur après une poignée d’albums plus anecdotiques (le soporifique et mielleux Storytone). Est-ce les retrouvailles sur scène avec son groupe fétiche des années 70 Crazy Horse l’an passé qui ont eu cet effet? Ou le lancement de son service de téléchargement très haute qualité PonoMusic – rien à voir avec les habitants du Puy en Velay – ou peut-être l’avancement de son prototype de voiture électrique (autre combat affiché du loner)?

Quoiqu’il en soit, cet engagement n’est pas totalement surprenant : le chanteur a toujours affiché des idées écologiques et politiques affirmées, tout au long de sa riche carrière, comme dans la chanson « Ohio » (1970) où il fustigeait le président Nixon après la mort d’étudiants tués lors d’une manifestation pacifique contre la guerre du Vietnam. Plus récemment, il est encore monté au créneau contre le milliardaire conservateur Donald Trump (candidat à la présidence US), coupable d’avoir joué sans permission l’une ses chansons pendant un meeting.

Neil Young, presque 70 ans en 2015, nous parle encore aujourd’hui à hauteur d’homme, malgré les millions de disques vendus, comme si il avait encore quelque chose à prouver au monde, dans ce langage universel ultime qu’est la musique. Il nous dépasse en cela et se place pourtant au milieu de nous tous, dans une démarche artistique et citoyenne qui force le respect.

Michel Houellebecq a bien résumé les choses : “Les chansons de Neil Young sont faites pour ceux qui sont souvent malheureux, solitaires, qui frôlent les portes du désespoir et qui continuent, cependant, de croire que le bonheur est possible. Pour ceux qui ne sont pas toujours heureux en amour, mais qui sont toujours amoureux de nouveau. Qui connaissent la tentation du cynisme, sans être capables d’y céder trop longtemps. Qui peuvent pleurer de rage à la mort d’un ami (Tonight the night) et qui se demandent réellement si Jésus-Christ peut venir les sauver. Qui continuent, en toute bonne foi, à penser que l’on peut vivre heureux sur la terre. Il faut être un très grand artiste pour avoir le courage d’être sentimental, pour aller jusqu’au risque de la mièvrerie.”

 

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