Après Pyongyang, Shenzen, ou encore les Chroniques Birmanes, S’enfuir – récit d’un otage est la nouvelle bande dessinée très attendue de Guy Delisle. L’auteur/dessinateur relève cette fois-ci un véritable défi: il va, par des procédés très fins, tenter de retranscrire le vide que peut ressentir un Homme pris en otage pendant presque quatre mois. Et l’on peut dire que la prouesse est réussie: le temps qui s’égrène lentement, la perte de repères, l’abandon – tous ces sentiments sont pleinement palpables dans ce récit sensible et déchirant.

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Il nous raconte la mésaventure tragique de Christophe André, pris en otage en 1997 lors de sa première mission humanitaire. Alors responsable d’une ONG médicale dans le Caucase, André a été enlevé en pleine nuit, emporté, cagoule sur le visage, vers un lieu inconnu. Il a été retenu prisonnier pendant 111 jours, jusqu’à une improbable libération… Après avoir recueilli quelques années plus tard le récit de sa captivité, Guy Delisle retranscris ici cet enfer, ces affres, quand tout espoir de liberté semble évanoui.

Sur 150 pages, nous suivons ce personnage captif que la mort taraude à chaque instant, assis sur son matelas, couché, attaché à un radiateur, dans un décor spartiate. Le dessin est dépouillé, les couleurs choisies avec soin – tout tourne autour du bleu, parfois du gris, tantôt plus foncé ou plus clair, avec pour seul rythme régulier, les deux repas journaliers apportés par celui qu’André surnomme « Thénardier ».

Un récit sobre et puissant qui nous confirme une fois de plus tout le talent et toute la pertinence de Guy Delisle.

 

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